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14

Fév

2015

Interview intégrale de Maflohé Passedouet, directrice artistique de SURU
Rencontres et Evenements Publics - Place sur le net

Samedi 28 février, c’est au tour de la compagnie parisienne Mobilis Immobilis, sous la direction de Maflohé Passedouet, de proposer SURU, une performance hybride danse,
musique électro, vidéo, dans le cadre des Rendez-vous mensuels d’art numérique au Hublot.

> Comment présenteriez simplement votre spectacle ?

Suru est née d'une rencontre forte et d'une envie commune d'associer les compétences et univers de chacun des artistes qui composent notre équipe. 
Notre désir était d'associer danse contemporaine, vidéo et musique analogique en temps réel au service d'une nouvelle création sensible, hybride liant cultures Française et Japonaise.
 

La danse « intérieure », l'environnement visuel « extérieur », la musique les traversant se connectent sur scène pour représenter SURU, voyage immersif, où la danse, la musique et la vidéo sont en totale interaction, grâce au dispositif de création en direct d'images et de son, au service de la scénographie.SURU est un assemblage d'identités propres, de deux cultures, française et japonaise. Les différences, les affinités, les sensibilités, les interactions artistiques et culturelles se nourrissent et sont au coeur de cette création commune.

Le spectacle interroge les relations entre les êtres, l'attachement, la proximité physique, imaginaire mais aussi la friction, la rupture, la transformation, la métamorphose. 

> Qu'est ce qu'il y a de particulier dans votre proposition ?

Pour ce projet, nous avons créé un dispositif singulier où images et sons se fabriquent au fur et à mesure de la chorégraphie.

 Le dispositif constitué exclusivement de machines analogiques  permet une manipulation en temps réel de la matière sonore; La musique  connectée à la vidéo génère des formes graphiques grâce à une analyse de fréquences et un échange d'informations midi. Ces images produites par un ordinateur sont ensuite retravaillées par l'intermédiaire d'un instrument analogique spécialement créé pour ce spectacle.Les images projetées sur scène créées sous les yeux du public interagissant ainsi en temps réel avec les danseurs.Le corps des deux danseurs se transforment peu à peu jusqu'à muer et s'imprégner de la porosité de l'autre et de l'environnement extérieur. La vidéo projetée, la lumière sur leur corps, ainsi que la musique créent cet environnement, jouant successivement avec l'apparition des corps ou leurs disparitions. L'image et le son symbolisent une sensation, un sentiment, un état.

> Mobilis Immobilis d'où provient ce nom ?

Mobilis-Immoblis est un terme choisi qui lie les opposés. c'est un peu taoïste! Trouver l'immobilité dans le mouvement et vice versa ..c'est une roue qui tourne en permanence. Il n'y a pas de vie, de création sans mouvements. 

> Au départ de votre carrière, vous êtes artiste plasticienne, racontez nous comment en êtes vous arriver à travailler avec les nouvelles technologies et pourquoi ? En quoi le numérique apporte à votre démarche de création ?

Notre corps, cette interface naturelle qui nous met dynamiquement, en relation avec le monde, a été au centre de mes préoccupations dès le début de ma pratique d’artiste plasticienne. De la représentation statique du corps en mouvement à la mise en mouvement du spectateur, c’est à un changement de paradigme de l’économie représentative que nous assistons. Changement qui a entraîné pour moi la migration de la peinture du support/plan à des espaces de données, environnements simulés, immersifs où le corps physique vivant, réel,est couplé à un corps virtuel (l’image-scène) par l’intermédiaire de son geste interfacé. Mes outils sont devenus multimédias permettant de faire vivre des invisibles, de mettre en correspondance les différentes disciplines artistiques.

Les Nouvelles technologies sont devenues un outil d’écriture scénique ouvrant des perspectives incommensurables permettant d’inventer un art nouveau dès lors qu’elles sont mises en œuvre en temps réel et elles révolutionnent l’écriture scénique. 

L’espace scénique est donc envisagé comme un laboratoire entrecroisant les disciplines artistiques, convoquant les savoirs scientifiques et les techniques, intégrant la magie, les éléments sonores, visuels, cinétiques, avec cette volonté de démultiplier les niveaux de perception, de faire éclater la perspective unique pour offrir une certaine liberté d’interprétation au spectateur.

> Pouvez-vous nous parler du lien avec votre travail envers les publics en situation de handicap ?

Depuis 2006, de nombreux ateliers menés par la compagnie en France et en Inde, au sein de foyers de jour hébergeant des personnes présentant des déficiences nous ont permis de constater que la création de mondes immersifs (vidéo, espace, son) permet à des personnes en situation de handicap de vivre des moments d’éveil, de communication et d’explorations de mondes multi-sensoriels induisant chez eux des comportements  expressifs. Les participants y entrent dans l’univers du jeu, rassurés par ces essais sans risques et par la création d’une sphère intersubjective d’appartenance. Rapidement, ils développent une personnification/ individuation plus libre fondée sur l’investissement spontané du corps. Le jeu, l’humour né de la confrontation entre eux et l’environnement virtuel proposé leur dégage en effet des marges de choix non contraint,  en affinité et continuité avec le jeu de l’enfant.Un  potentiel créatif s'ouvre immense et l’ouverture à un irrationnel apparent débouche sur une originalité artistique, en roue libre, appréhendée pour elle même comme satisfaction et renfort de l’estime de soi.

Ainsi en 2014, est né le projet corps Tangibles , spectacle multimedia avec interprètes en situation de handicap mental et artistes professionnels de la Cie dans un dispositif interactif avec ce désir de vivre un  processus de création commune jusqu'à la diffusion du spectacle. Honorer ainsi les singularités et les différences.

> Pouvez-vous nous parler des autres membres de l'équipe de création ?

  L'équipe est constituée 5 entités aux parcours singuliers. 

Au Son : Stéphane Bissières. Musicien de jazz pendant dix ans, Stéphane  s’est ensuite dirigé vers la composition électroacoustique et la recherche instrumentale dans ce domaine. Compositeur pour France Musique depuis 2005 il réalise aussi les habillages d’antenne de France Inter. Nombreuses collaborations avec le label Signature de Radio France. Il développe pour la société Dafact de nouvelles interfaces de captation gestuelle, réalise des installations au Fresnoy et crée à l’INA le cursus de création interactive. Primé Paris Jeunes Talents, Sacem et Imeb, Stéphane Bissières s’est produit en France (Solidays, Grand palais, Trocadéro, etc.) et dans le monde (Europe, Russie, Etats-Unis). Aujourd'hui ses travaux s’axent sur la notion de vivant dans le contexte numérique et la création électronique en temps réel.

A la Vidéo : Etienne Bernardot. Dès 1996, Etienne Bernardot collabore avec des artistes travaillant ainsi dans le cadre du CICV Pierre Schaeffer et du Studio National du Fresnoy. À partir de 1997, il devient VJ, se produisant lors de festivals ou de concerts. En 2003 il co-fonde une compagnie d'Arts Numériques KSKF (kskf.org), et s'inscrit dans la recherche d’espaces graphiques qu’il anime et qu’il met en mouvement, lors de performances musicales et théâtrales. Aujourd'hui, il travaille sur les relations entre réel et outils numériques en créant un réseau d'interaction entre musique, vidéo, lumière et le corps.

A la Danse : Maiko Hasegawa. Elle  commence le ballet classique à 4 ans, prenant part au concours international de Lausanne, ainsi qu’à de très nombreuses représentations.     A l’âge de 20 ans, elle se lance dans la danse contemporaine, et se fait vite remarquer en remportant le 1er prix du concours national de Buto en 2009. Elle crée la même année sa propre compagnie « m. », avec laquelle elle organise chaque année des spectacles dont elle assure la chorégraphie, la réalisation et l’interprétation. En 2011 et en tant que « M+ », elle joue à Tokyo et Osaka le spectacle « Molu », collaboration artistique avec un musicien. Elle poursuit son exploration artistique en puisant dans son quotidien l’inspiration qui doit lui permettre de trouver un style unique et personnel.

Mamoru Sakata. Il débute la danse moderne et le ballet classique dès son plus jeune âge. Il fait partie de la compagnie «Kenshi Nohmi & Dance Theatro 21». Il étudie la danse contemporaine avec Nohmi Kenshi et Karube Hiromi, le ballet classique avec Yanase Masumi et Tanaka Yôko. Il est diplômé de l’université de Tamagawa, section littérature des beaux-arts. Durant son parcours universitaire, il effectue un échange au LABAN Center, où il étudie chorégraphie et techniques de la danse, et termine un programme d’étude indépendant (ISP). A son retour au Japon, en plus de prendre part aux spectacles de nombreux chorégraphes,  il réalise sa propre création solo, et remporte le 1er prix lors de plusieurs concours de danse Buto organisés à travers tout le pays. Il remporte également le prix d’encouragement pour son travail. Ces dernières années, il organise également des ateliers d’expression corporelle pour les enfants, dans des écoles de danse ou bien dans des centres spécialisés pour enfants atteints de troubles psychologiques ou moteurs.

 A la Direction artistique : Maflohé Passedouet. Artiste plasticienne, scénographe, fondatrice de la Compagnie Mobilis-Immobilis, compagnie pluridisciplinaire dédiée à la création contemporaine à la croisée des arts numériques, du spectacle vivant et des arts plastiques dont elle assure la direction artistique depuis 1998. La Cie s'est faite remarquer dans le milieu des Arts numériques et de la danse, de par son dynamisme de création toujours renouvelé. Depuis sa création, 11 spectacles multimédias ont vu le jour, programmés dans les festivals d'Art numérique et de danse en France et à l'étranger ( Angleterre, Croatie, Slovenie, Algérie, Espagne). Sa recherche chorégraphique s’articule autour du questionnement sur les interfaces entre le corps et les plus récentes technologies numériques.   

Propos recueillis par Tania Cognée